
(touche musicale : le vent : Brassens)
Les jours de grande chaleur comme aujourd'hui, je sombre dans une curieuse torpeur, un demi-sommeil sensuel comme lorsque l'on me sussure des mots frémissants à l'oreille… Je somnole et me laisse aller au vide de ma tête, à un « rien » empli d'étrangetés. Un désert brulant… Aucune frontière, aucune fin, aucun bord à rien, juste l'univers de mes pensées et des dunes de rien sableux. L'atmosphère n'est qu'une impression floue, un mirage sous les paupières, une brûlure indolore et continue. Juste un singulier sentiment d'exil et de flottement, et des vents qui résonnent dans mon crâne.
Des vents comme les souffles entrecroisés de géants ne reprenant jamais leur respiration. Des vents, murmures impalpables et libres, chantant, gémissant, sifflant, s'insinuant dans les moindres recoins de ma tête reposée. Des vents chauds, secs, frais, caressants, glacials, agressifs, réguliers, doux, mélodieux, cassants... Il me semble que celui dominant se raproche du Sharav soufflant au Moyen-Orient. Et à l'intérieur, des rafales d'images et de souvenirs…
Nue comme une blayette tondue, je me vautre avec indolence, la tête en bas, et regarde passer mes idées. Je suis trop paresseuse pour les rattraper, et comme la poussière dansant dans la lumière, je les suis des yeux avant de les perdre de vue…
Entre la chair rouge du sol et la chair ardente du ciel je me prélasse, il fait trop lourd pour folâtrer. Par la fenêtre grande ouverte sur le potager, j'écoute les insectes qui bruissent et le pic épeiche qui pleupleute en humant l'air chargé des effluves de foin fraîchement coupé…
En caressant mes chats du bout des pieds, j'observe la Terre sous mon chapeau de paille. Elle me fait penser à une femme. Des cheveux blonds vénitien, le visage constellé de taches de rousseur, brulé par le soleil, étendue. J'imagine sa bouche charnue, brillante d'humidité avec des lèvres écarlates recouvrant de petites quenottes dentellées… Une odeur un peu forte émanant de sa peau ambrée, une cuisse ronde et chaude et une hanche tentante comme la courbe d'une guitare avec en plus l'attrait d'être vivante sous les doigts qui y courent comme sur les touches d'un piano…
(touche littéraire : une partie de campagne : Maupassant)
Lucile, bohême.



