Des miettes de mots

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lundi 11 août 2008

Un arrière-gout de safran et une pincée de colombo.

( touche musicale : daj mi drugie zycie : Krzysztof Krawczyk & Goran Bregovic )

Autrefois vivait à St Martin une vieille femme affublée de toutes les disgraces physiques imaginables. Un tel phénomene que les enfants l'épiaient dès potron-minet, cachés aux angles des ruelles, alors qu'elle se rendait de sa démarche boiteuse mais brave à la fontaine remplir son seau.

Pétrifiés, entre peur, dégout et amusement, les galopins n'auraient ratés pour rien au monde ce spectacle quotidien : les seules minutes du jour où la vieille n'était pas cloitrée chez elle, baricadée dans sa petite maison de village. Elle allait, clopinant sur sa jambe de bois rongée par les vers faisant echo sur les pavés, dans le soleil d'un nouveau jour, grimaçant et secouée de divers tics nerveux, mais toujours digne. Elle levait au ciel son oeil unique, exorbité, qui semblait être froid et dure comme l'acier pour être mieu assorti à la bille de fer roulant dans sa seconde orbite.

Sa bouche se tordait sous l'effort à chacun de ses pas qu'on sentait si laborieux que tout être capable de compassion aurait été envahi de pitier face à ce douloureux spectacle. A la comissure de ses lèvres blanchatres, minces et incolores comme celles des défunts, on pouvait voir la bave mousseuse et écumante. Entre celles-ci s'échapait un souffle court, roque et pénible à entendre, et on devinait à la vue de sa dentition l'haleine fétide s'en dégageant. Une de ces canines était si noire qu'on l'aurait dit de ciment.

Arrivait au point d'eau convoité, la pauvresse se penchait avec une peine infinie par dessus le muret de pierre englouti par le lierre et les rosiers grimpants, soulevant jusqu'aux jupons la nipe diforme et longue lui servant de jupe pour ne pas s'y prendre le pied ou le moignon de bois. Alors la scene la plus épouvantable s'offrait aux jeunes garçons estomaqués. Un ideux molet leur apparaiçait : la peau laiteuse et flasque était recouverte de veines saillantes et violassées et d'immondes escarts nauséabonds.

Généralement, dégoutés, les mômes n'atendaient pas qu'elle se retourne pour voir ses genoux cagneux avant de tourner les talons dans le but de fuir la drolesse repoussante.

Celle qu'on appelait jadis La Madeleine rentrait alors de son pas caduque, en trainant derrière elle son seau versant tantôt à droite tantôt à gauche.

Sa demeure semblait une ruine au jardin à l'abandon, dévorait par la végétation, aux carreaux crasseux et aux pierres grossierement empilés. Contre la vitre où la poussière la dissimulait, elle passait des journées entières à veiller, les yeux mi-clos derrière le rideau de ses cheveux rêches et raides pareils à de la paille, sous lequels pointait une paire d'oreilles recourbées en boulou-boulou et aux lobes pendouillants.

Elle passait des heures à ressasser sur son passé, se rememorant sa jeunesse, où si elle n'était pas vraiment belle elle était fraiche, vive et hardie.

Sa pauvre vie aurait tenue dans une boite d'allumettes, cette vie morne qui l'avait rendue infirme à trop la malmener, la tuer doucement au travail des champs sans y prendre garde et s'en avoir le temps de regretter. Elle s'était mariée comme une fillette, sans y songer. Elle avait épousé sans réfléchir un homme qui l'avait ruée de coups sans que jamais elle ne s'en plaigne ou s'en révolte. Elle s'était cognée au malheur et heurtée à la solitude. Elle avait pourrie avant maturité, comme un fruit que personne n'a deigné ramasser au sol, et vieillie sans même le voir.

Elle n'était maintenant qu'un être aigri, gateux et béat, mais restée droite, comme maintenue debout non plus par la lucidité mais par son dévouement total à la vie et à son devoir d'engendrer celle-ci par son dernier travail : arroser chaque jour ses plantes vertes pour ne pas qu'elles perissent.

Laide et fatiguée, décatie jusqu'à la moelle, dès son dernier labeur exécuté elle se balançait avec indifférence sur son fauteuil d'osier à bascules, sans remords, juste vaguement lassée. Seule l'horloge de la cuisine - faisant si bien vibrer les murs qu'on aurait cru son squelette de bois investi par le fantome d'une cloche de cathédrale - venait déranger sa torpeur. Et, parfois aussi, un groupe de chenapants venant jetter des graviers sur ses volets décrépis.

Quand la mort vint la ceuillir à la porte d'une saison neuve, alors que l'hiver venait d'achever ses dernieres pousses, Madeleine fut emmener au cimetière, avec pour tout cortege une bande de garçons penauds à la fil indienne....

( touche littéraire : le jour où j'ai échangé mon père contre deux poissons rouges : Mc Kean)

Lucile, ambitieuse.

jeudi 31 juillet 2008

L'insolence dégoulinait de son regard machiavélique...

(touche musicale : minor swing : Django Reinhardt)

Je me réveille après une longue et douce coupure de la civilisation, emplie d'une déferlante d'instants précieux dans leur insignifiance.

Des instants pareils à ces teuteus absurdes auquels les enfants s'attachent et qu'ils conservent jalousement au fond de leur poche jusqu'à ce que cette lubie leur passe. Un caillou rond, un chifon doux, une fleur séchée, un morceau de bois sculpté, un bout de verre poli par le sel des roulis de la mer mousseuse ou des grains de plaisir éparpillés decouverts à même la terre, qu'il sufi de se pencher pour ramasser...

Au détour d'un virage, nous dénichons un bosquet de myrtilles sauvages dont nous nous régalons, puis reprenons notre route sans tarder, les mains tachées du jus du fruit succulent. Le paysage immobile semble être une toile figée, superbe peinture à l'huile, posée derrière le près parsemé de hautes bottes de paille. Celles-ci sont pareilles à des bovins broutant avec paresse, avachis sur le flanc, et leurs ombres badines s'étirent vers l'horizon...

Nous glanons sous le regards bienveillants des paysants nous ramenant à une autre époque à laquelle les déguisements qui nous parent se rapportent.

(touche littéraire : au bonheur des dammes : Zola)

Lucile et une nouvelle tocade inavouée.

vendredi 4 juillet 2008

Au triple galop sur un chapeau rouillé.

(touche musicale : private Lily : Moriaty)

Le soleil s'étire, dépli ses ailes comme un papillon froissé pour venir frictionner le dos brulant d'Amarylis. La musique du matin la pénetre par tout les pores.

Le torrent chante, tout proche, et ses gargouillements rapellent de curieux gargarismes mélodieux. Les branches bruissent tandis que les oiseaux y batifolent frénétiquemment dans le nouveau jour, sa lumière pourpre et duveuteuse et son atmosphère encore bouffie de sommeil. 

La jeune fille ouvre un oeil déjà vif duquel s'évade une nuée de rêves entamés pareil à un fléau de vers luisants filant se refugier sous les tapis algériens jonchant le sol. Sa lèvre est plissée de ruse, une vraie babine de louve retroussée. Un lucane cerf-volant égaré passe devant elle en zonzonnant, trainant ridiculement son arrière-train.

D'un bond, elle se lève et, tout en souplesse, se met à décrire dans l'air de grands gestes retenus et lents en ondulant sensuellement du bassin, acceuillant le petit matin d'une danse saugrenue. Enroulée dans un rideau pour vêtir sa nudité et s'en servir de drapage,  elle décrocche le tissu d'un geste brusque de l'épaule et le noue sur sa nuque en écartant son abondante chevelure, sans cesser d'agiter doucement son corps vibrant.

Elle se dirige en se déhanchant étrangement jusqu'à la cuisine, petite piece inondée de lumière et encombrée de teuteus et d'un bardas inutile. Elle repousse négligemment d'une main l'entassement de joncs tressés encombrant la table ronde dont les noeuds du bois suintent encore de seive fraiche et odorante, empoissant les feuilles volantes. Amarylis envisage de se delecter d'une tartine de margarine et s'en régale d'avance lorsqu'elle aperçois par la fenêtre ouverte une libellule imobile sur un roseau, au bord de la mare. Intriguée, elle repose son couteau, se hisse sur le rebord et retombe avec grace sur l'herbe du jardin. Accroupie, puis à quatre pates, elle progresse comme un fauve en rampant entre les massettes. La voilà nez à nez avec la demoiselle, une agrion jouvencelle bleue et noire, l'abdomen fin, superbe et délicate. C'est presque si on peut entendre la jeune fille ronronner.

Les nénuphars flottent tranquillement, semblant voguer avec une certaine paresse, sur l'eau stagnantes sous le sol pleureur dont les branches sont de longs bras balants et caressants.

Après quelques minutes d'observation, elle se retrouve en un saut de tigresse à detaler sur le sentier longeant la maison, glissant entre ses lèvres une poignée de groseilles ceuillies au détour d'un buisson. Les fruits explosent entre sa langue et son palet, répandant leur jus acide et succulent.

Vive, elle fait la roue, reprend sa course, s'empetre dans le tissu de sa parure improvisée, et se retrouve face à face avec un âne.

Impassible, il la fixe, derière son enclos, à quelques pas, battant joliment des cils. L'interieur de ses oreilles blanches, apetissantes comme des calissons luisants de sucre, on l'air si douces qu'Amarylis s'approche précautionneusement. L'âne ne reculant pas, la fille tend timidement la main, la paume offerte au ciel.  Elle pose à peine cette dernière sur les naseaux de la bête, frémissante, en fixant les grands yeux sombres lui faisant face. Elle sent le souffle chaud, humide et régulié sur ses doigts.

L'animal semblant donner son accord d'un clin d'oeil, elle entreprend avec plus de confiance de le caresser, sans arreter de toiser le regard tendre et profond comme une tiède nuit d'été. Une de ces nuits où le vent chaud fouette le sang et réveille l'instinc, et où, pour se rejoindre, les amants courent ventre à terre sous les arbres, à l'abri de la lune pleine et grasse pouvant les compromettre, poussés par leur apétit commun et le violent besoin de fusionner.

L'âne a un vague mouvement de recule au moment où Amarylis lève sa main fine pour toucher ses longues oreilles, puis s'apaise et semble chercher la caresse comme le font les chats. Alors, enfouie dans le cou blanc, la jeunette s'adonne, glisse ses lèvres dans le pelage, palpe à pleines mains la chair brulante au dessous... Ravie, elle rie doucement en flatant le flanc de la bête douce. En un bond, la voilà sur le dos de l'animal, l'enlassant fermement entre ses cuisses. Allongée, elle baise la longue nuque tendue, passe sa main fine sur le ventre chaud, mordille, embrasse... L'âne semble répondre, s'ébroue, couine, léche, et leur petit jeu s'éternise.

D'un coup de talon, Amarylis y met soudainement fin et ordonne à son compagnon de passer la cloture qu'elle a repoussée de la main. Sans hésiter ni se presser, l'âne s'éxécute, et emprunte le chemin de cailloux jonché d'eucalyptus odorants, sur lequel claque allegrement ses sabots.

Cahin-cahat, ils prennent la route, le regard vers l'horizon, sans savoir où l'insousciance les porte ainsi.

(touche littéraire : les fleurs du mal : Baudelaire)

Lucile, qui baguenode à droite et à gauche.

samedi 21 juin 2008

Un homme qui cri n'est pas un ours qui danse.

(touche musicale : le vent : Brassens)

Les jours de grande chaleur comme aujourd'hui, je sombre dans une curieuse torpeur, un demi-sommeil sensuel comme lorsque l'on me sussure des mots frémissants à l'oreille… Je somnole et me laisse aller au vide de ma tête, à un « rien » empli d'étrangetés. Un désert brulant… Aucune frontière, aucune fin, aucun bord à rien, juste l'univers de mes pensées et des dunes de rien sableux. L'atmosphère n'est qu'une impression floue, un mirage sous les paupières, une brûlure indolore et continue. Juste un singulier sentiment d'exil et de flottement, et des vents qui résonnent dans mon crâne.

Des vents comme les souffles entrecroisés de géants ne reprenant jamais leur respiration. Des vents, murmures impalpables et libres, chantant, gémissant, sifflant, s'insinuant dans les moindres recoins de ma tête reposée. Des vents chauds, secs, frais, caressants, glacials, agressifs, réguliers, doux, mélodieux, cassants... Il me semble que celui dominant se raproche du Sharav soufflant au Moyen-Orient. Et à l'intérieur, des rafales d'images et de souvenirs…

Nue comme une blayette tondue, je me vautre avec indolence, la tête en bas, et regarde passer mes idées. Je suis trop paresseuse pour les rattraper, et comme la poussière dansant dans la lumière, je les suis des yeux avant de les perdre de vue…

Entre la chair rouge du sol et la chair ardente du ciel je me prélasse, il fait trop lourd pour folâtrer. Par la fenêtre grande ouverte sur le potager, j'écoute les insectes qui bruissent et le pic épeiche qui pleupleute en humant l'air chargé des effluves de foin fraîchement coupé…

En caressant mes chats du bout des pieds, j'observe la Terre sous mon chapeau de paille. Elle me fait penser à une femme. Des cheveux blonds vénitien, le visage constellé de taches de rousseur, brulé par le soleil, étendue. J'imagine sa bouche charnue, brillante d'humidité avec des lèvres écarlates recouvrant de petites quenottes dentellées… Une odeur un peu forte émanant de sa peau ambrée, une cuisse ronde et chaude et une hanche tentante comme la courbe d'une guitare avec en plus l'attrait d'être vivante sous les doigts qui y courent comme sur les touches d'un piano…

(touche littéraire : une partie de campagne : Maupassant)

Lucile, bohême.

mercredi 18 juin 2008

On peut crier avec les loups on en est pas moins des moutons.

(touche musicale : malgré moi : Imbert Imbert)

Je tourne en rond comme un fauve en cage mal aprivoisé, oisive, tourmentée, torturée.

Je voudrais partir sans le moindre poid sur le coeur, sans le moindre argent, juste mes valeurs....

Michel le Menestrel a dit : ma vie je ne voulais pas la gagner mais la vivre.

En trois tours de roues, j'oublie ce temps gaché... Lachant un soupir d'aise parmis les ombellifères, j'abandonne mes ciseaux à bois et mon ébauche de cuillere en bambou au bord du chemin...

Je sais que couve en moi la mélancolie latente qui me garde éveillée dans le noir les nuits où la solitude m'écrase la poitrine, mais à cet instant il n'y a que le délice de l'herbe se pliant sous mon corp nu, étendu... les graminés semblent se pencher pour me caresser le front... les rayons du soleil déclinant suivent les courbes de mes hanches, me chatouillent les orteilles, escaladent mes seins, projetent l'ombre des boucles encadrant mon visage sur la terre asséchée, glissent sur moi comme pour me dépouiller d'une parure invisible... Un instant précieux de plus à ma collection de plaisirs simples...

(touche littéraire : les fourberies de Scapin : Molière)

Lucile, naturelle.

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